Mise à jour 4/03/2005
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Croix des marquis de Provence,
Croix de Venasque,
Croix de Toulouse,
ou
Croix "de chez nous" ?
 
 

c

La croix de Toulouse est aujourd’hui le symbole de la région Midi-Pyrénées de celle du Languedoc, de Toulouse et de l’Occitanie, …
On lui attribue plusieurs significations symboliques (5) :

  • les 12 boules sont les 12 Apôtres, les 12 mois, les 12 portes, les 12 marches permettant d'atteindre la Connaissance suprême, les 12 signes du zodiaque,
  • et les trois boules de chaque branche représentent la Trinité…
C’est un symbole culturel fort, montrant l’attachement millénaire des gens du Sud à leur société méridionale.

Cependant, voilà quelques faits historiques :

La croix des marquis de Provence

Note : voir l'article de Henri ROLLAND sur " l'origine provençale de la croix de Toulouse"
           paru dans "Provence historique ".
            http://provence-historique.mmsh.univ-aix.fr/Pdf/PH-1950-01-001_06.pdf

La capture de Saint Mayeul, originaire d’Apt et célèbre Abbé de Cluny, par les Sarrasins (972) et sa libération contre rançon, provoqua une mobilisation générale afin de se débarrasser définitivement de ce fléau.

Guillaume le Libérateur et son frère Roubaud, auréolés de la gloire de leurs victoires devinrent les maîtres incontestés de la Provence et prirent le titre de Marquis, c’est-à-dire de chef militaire de la Marche de Provence, qui s’étendait alors de l’Isère à la Méditerranée.

Guillaume, comte à Arles, fut le fondateur de Sarrians avec Saint Mayeul. On sait qu’il y fonda un monastère de l’Ordre de Saint Benoît. Lorsqu’il meurt, en 993, il se fait inhumer dans le prieuré de Sarrians. Ses héritiers y firent élever une chapelle de la Sainte Croix. Elle abritait certainement un reliquaire renfermant un morceau de vraie croix. On y a trouvé une dalle funéraire portant une croix semblable à celle qui nous intéresse 

Ce morceau de vraie croix, au pied du mont Ventoux, a dû être vénéré par nos populations car cette période, juste avant l’an mil, était marquée par un fort mysticisme et une grande peur. La fin du monde étant proche, de nombreux seigneurs faisaient appel à la religion, donnaient leurs terres ou prenaient l’habit de moine pour racheter leurs fautes. On ne compte plus le nombre d’actes de donation en faveur de l’Eglise, monastères et abbayes, dans la région.

Roubaud, frère de Guillaume, marquis de Provence et comte à Avignon, eut une fille, Emme ou Emma de Provence, dite " de Venasque ", qui épousa, vers l’an 990, Guillaume III Taillefer, comte de St Gilles. Par ce mariage, Emma apporta en dot une partie du marquisat de Provence dont les terres du futur Venaissin et sûrement son emblème, la croix de Venasque, qui était probablement (mais rien n'est moins sûr) celle de son père et de son oncle, les marquis de Provence.

Geoffroy, petit-fils de Guillaume, mort vers 1063, fit sculpter sur sa pierre tombale une croix tressée, élargie aux extrémités et cantonnée de quatre fleurs. Emma de Venasque était contemporaine de ce Geoffroy.

Nombreux sont les grands seigneurs de notre région, vassaux des marquis de Provence, qui adoptèrent pour emblème une croix du même type (celle de leurs suzerains ?) :

3

1.Venasque      2. Gigondas       3. Forcalquier        4. Adhémar de la Garde

Croix de Venasque :
 
VENASQUE

thezan

(1) D’abord la Maison de Venasque, à deux pas de Sarrians, qui porte ces armes depuis bien longtemps et dont la description de l'an 1043 précise qu'elle était d'azur sur champ d'or. Le sceau de la famille de Venasque, de 1094, représente cette croix avec toutes ses caractéristiques. Elle décore le tombeau de Geoffroy de Venasque à l'abbaye de Sénanque.
 
 

Une autre pierre tombale, celle de François de Thézan, est conservée au baptistère.On sait qu'un membre de cette famille épousa la dernière héritière de la famille de Venasque.
 

Sceau des Forcalquier


Croix de Gigondas :

Celle de Gigondas, village tout prêt de sarrians, portait la même croix, d'argent sur fond d'azur, aussi depuis le XIIe siècle, au moins.
On le voit, la croix grecque, patté, cléchée, vuidée et pommetée a pour origine le Marquisat de Provence
(qui deviendra Venaissin).

Elle est grecque car les branches sont de même longueur ; 
elle est pattée ou atésée car ces branches s'élargissent du centre vers l'extérieur ; 
elle est cléchée car les extrémités se referment en formant une pointe saillante ;
elle est vuidiée car évidée de manière pour faire apparaître à l'intérieur une croix plus petite ;
elle est pommetée car les points saillants sont couronnés de boules {trois par branche). 


Croix de Forcalquier :

En 1168 apparaît la croix de Bertrand II de Forcalquier. Toujours au XIIe siècle, celle des Adhémar de la Garde (Paréol) et celle des vicomtes de Marseille.
 
 

4 f
Sceau de Guillaume III de Forcalquier
forcalquier
Sceau du comte de Forcalquier
      en 1230.
(Louis Blanchard - 1860)

La croix de St Gilles.

Taillefer, comte de St Gilles, marquis de Provence par Emma, vécut le plus souvent sur les bords du Rhône. A sa mort en 1037, il fut inhumé dans un sarcophage dont la cuve de pierre prend appui sur trois paires de colonnettes aux chapiteaux sculptés de la croix " plutôt pattée que cléchée ".

Lorsque Raymond IV de St Gilles, petit-fils de Taillefer, dota en fiefs l’abbaye de St André d’Avignon, le sceau comtal qu’il utilise représente une croix " cléchée, vidée et pommetée " qui deviendra l’emblème du Languedoc. C'est en sa qualité de marquis de Provence qu'il utilise ce sceau.

Lorsqu’il prend la tête de la croisade, en octobre 1096, la " croix de gueules d’or, cléchée, vidée et pommetée " sur fond pourpre sert probablement de bannière au ralliement des Provençaux (cela n'est pas prouvé).

Est-ce que Raymond IV, Saint Gilles, mort en 1105, fut le premier des comtes à arborer cette croix particulière ?
et les nombreux seigneurs du marquisat qui l’accompagnèrent dessinèrent-ils sur leur écu, ce " double faisceau de six lances entrecroisées définissant douze extrémités organisées en croix à branches égales " ?.Portèrent-ils très haut cet emblème " écarlate à la croix d’or à douze boules " lors des prises des grandes villes d’Orient, Antioche ou Jérusalem?.

On peut imaginer que ce fut le signe de ralliement des Provençaux et des Languedociens. 

Autres origines possibles de cette croix :
 
 

notredamdevie A Venasque, la pierre tombale ou dalle funéraire de l'évêque Bohétius (583-604) fut exhumée au XVIe siècle : 
elle présente des similitudes, avec la croix de Venasque connue six ou sept siècles plus tard : croix pattée et rosaces.
Cette dalle est visible à Notre-Dame de Vie (Venasque)

(1)

A Toulouse, on trouve des origines bien plus lointaines à cette croix : Un autel gallo-romain du IVe siècle, à Garin en Haute-Garonne porte une croix à douze extrémités. Au Ve siècle, une monnaie frappée par les rois wisigoths, alors maîtres de l’Aquitaine, porte une croix cléchée, elle aussi à douze extrémités.

5 ...............cons .............
Croix copte          Croix de Constantinople 

Il y a plus longtemps encore, la croix copte à 12 boules de Saint-Maurice existait au IVe siècle et était utilisée par l’église copte d’Alexandrie et par le Grand Patriarcat de Constantinople. Saint Maurice fut honoré par les Burgondes chrétiens dont dépendait la Provence. Saint Maurice est le patron du village de Caromb.

 
burgonde Boucle en os de l'époque burgonde.
Fin du Ve siècle.
Elle est ornée d'un chrisme.

(1)

On sait aussi qu’une telle croix, dite " nestorienne " existait dans le Turkestan chinois vers l’an 450.

n (1)  Croix nestorienne

Et puis, on se demande si cette croix de Toulouse vient d’Emma de Venasque ou bien si les Venasque portent cette croix parce qu’Emma a épousé "leur" comte Taillefer, de Saint Gilles au bord du Rhône…

Allez donc savoir !
 
 
catalogne Croix du XIIe ou XIIIe siècle en Catalogne.

(1)


Croix de Toulouse :

Alfonse-Jourdain et Raymond V de Toulouse, successeurs de Raymond IV de Saint Gilles, n’utilisèrent pas cette croix. 
Il faut attendre Raymond VI, en 1194 et 1222, pour voir re-apparaître cette " croix grecque à branches égales , cléchée 
et pommetée d’or dont les extrémités des branches sont triplement bouletées et perlées ", qui restera l’emblème 
des comtes de Toulouse. Son sceau, utilisé dans les actes du Marquisat porte cette croix avec le mot " Venaissini " (1222).

  Pour les comtes de Toulouse, cette croix fut l’emblème de leur titre de marquis de Provence. Elle deviendra emblème de l’Occitanie.  

Sceau de Raymond VI, marquis de Provence.

g .............................r

jeanne (1) Sceau de Jeanne Plantagenêt, épouse de Raymond VI
de 1196 à 1199. Marquise de Provence, elle porte la croix sur son bras (agrandissement).
a (1) Bulle de Raymond V, attestée en 1171, pour le Marquisat de Provence.

alph  
Frise représentant la croix et la fleur de lys. Don d'Alfonse de Poitiers 
et de son épouse Jeanne de Toulouse (Lisle-sur-Tarn).
Milieu du XIIIe siècle. (1)

La chapelle Sainte-Croix, au sommet du mont Ventoux.

Quoi qu’il en soit, en Comtat Venaissin on a toujours porté très haut cette fameuse croix. 
D’abord sur les armoiries des familles nobles et ensuite par la vénération de toute une région : 
Entre 1500 et 1504, l’évêque de Carpentras, Pierre Valétariis, neveu du pape Sixte IV, fit édifier, au sommet du mont Ventoux une chapelle " Sainte-Croix ". Cette chapelle devint très vite un lieu de pèlerinage. Saccagée en 1562 par les troupes calvinistes de Puy-Montbrun alors que le baron des Adrets assiégeait la ville de Carpentras, elle fut reconstruite à la fin du XVIIe siècle, sur l’initiative du chanoine César de Vervins du chapitre d’Avignon. (6)

7
(8)

Au hasard des Archives communales carombaises, on trouve des traces de la ferveur comtadine : ainsi, pour la Pentecôte de 1583, 6.000 pèlerins des villages du Comtat montent à la Sainte Croix du mont " Ventour " et au mois de mai 1584, les processions de Beaumes, d’Entrechaux et de Vaison passent par Caromb où la municipalité leur offre une collation.

La bêtise révolutionnaire, après avoir décrété Bédoin " infâme " va jusqu’à faire détruire cette chapelle Sainte-Croix au sommet du Ventoux. Elle sera relevée à nouveau en 1818. S’étant écroulée au début du XXe siècle, une nouvelle chapelle fut inaugurée en grande pompe le 20 juillet 1936.

Alors ?

Laissons à nos historiens le soin de trouver de nouvelles preuves sur l’origine de cette croix, aujourd’hui communément appelée " de Toulouse " et continuons à croire, au pied du Ventoux, qu’elle est " de chez nous ", 
sûrement "de Venasque".

Sources :

    • (1) Raymond Ginouillac. La croix occitane, Histoire et Actualitè. Institut d'Etudes Occitanes du Tarn.
    • (2) Sceaux de Louis Blanchard - 1860
    • (3) P.G. Ruffino : les comtes de Toulouse, des croisades aux Cathares.
    • (4) Général François Barillon : Sainte-Jalle, une autre histoire de la Provence
    • (5) Bertran de La Farge : Raimon VI, le comte excommunié, et divers articles sur cette croix (la croix occitane 2000).
    • (6)Jean Antoine Pithon-Curt : Histoire de la noblesse du Comté Venaissin, d’Avignon et de la Principauté d’Orange.
    • (7) Hervé Aliquot - Robert Merceron : Armorial d’Avignon et du Comtat Venaissin. Illustration de Pithon-Curt
    • (8) Carte : extrait de la carte de Jacques de Chieze Orangeois de 1627.
    • Dessins de l’auteur d’après la documentation existante.