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IV. Ascendance paternelle de Barral.

    De son enfance, Barral ne se souvenait que des bons moments : la pêche aux anguilles dans les marais de Camargue et les bords du Rhône, sa rencontre impressionnante avec les puissants taureaux de la plaine, leur robe noire luisante et leurs cornes très relevés. Les grandes réunions dans les châteaux de sa famille avec tout ce que la région comptait de chevaliers et de belles dames, les repas interminables où les plats se succédaient à l’infini, gibiers, volailles, bons vins, troubadours et ménestrels, l’ambiance, la musique, les cris, tout cela restait gravé dans sa mémoire. Il avait été marqué aussi par quelques grandes chevauchées jusqu’à la Mer Méditerranée, la ville de Marseille ou de l’autre côté de la Durance, vers le Mont Ventoux.
    Barral reçu une éducation solide. On lui raconta maintes fois les périodes de gloire et aussi les échecs de sa famille. Il compris très vite qu'il n'était pas comme les autres enfants de son âge avec qui il parcourait quelques fois les rues de son village des Baux ou les quais de Trinquetaille. Son père, lorsqu'il en avait le temps, mais surtout les chevaliers de son entourage, ne rataient pas une occasion de lui apprendre combien ses ancêtres avaient été glorieux, leur courage et les risques qu'ils aimaient prendre pour accroître leur puissance et atteindre les premiers rôles en Provence. Il aima qu'on lui raconte leurs prouesses lorsqu'ils soulevaient la Provence entière et contestaient le pouvoir aux comtes de Provence, visant la première place de la région.
       


IV.1. Raymond Ier des Baux (1095-1150)

    Raymond Ier, son arrière grand-père, était un chevalier ambitieux, qui n'avait pas froid aux yeux : fort de ses fiefs, bourgs, châteaux, et places fortes des "terres baussenques", entre le Rhône et Aix et, vers le sud, jusqu'à Berre, ce remuant seigneur et ses amis Guillaume de Sabran ou Raymond de Meynes guerroyaient sans cesse, allant jusqu'à ravager l'abbaye de Saint Gilles et à confisquer ses biens. Cela leur valut d'être excommuniés par le pape Calixte II en 1122 et condamnés à rendre les biens acquis par la force.

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Reconstitution du château des Baux

    Sa grande affaire fut l'héritage de son épouse, qui l'opposa aux comtes de Provence. Il avait épousé Etiennette, fille du comte de Provence, alors que sa belle-sœur Douce, avait épousé le comte Raymond-Béranger de la maison de Barcelone. Il y avait de quoi faire une belle querelle de famille, avec, comme enjeu, tout le comté de Provence !

    Il voulut faire valoir les droits de son épouse, à la mort du comte de Provence : il réussit à mobiliser une bonne moitié des seigneurs provençaux contre Bérenger Raymond et déclencha une formidable guerre qui enflamma toute la Provence.

    Avec le comte de Toulouse Alphonse Jourdain, allié à la maison de Forcalquier, il fut le chef de la résistance au fils cadet du comte décédé, qui lui s'appuyait sur les évêques provençaux, une partie des barons et les comtes de Barcelone, ses oncles.
    A partir de 1135 , les guerres, dites "baussenques", déchirérent le pays pendant 14 ans. Il combatit avec vaillance pour faire valoir ses droits, à la tête des armées qui avait su rassembler. Tous les seigneurs du pays durent choisir leur camp, celui de Douce ou celui d'Etiennette. Les forces se répartirent en deux camps à peu près égaux et les guerres s'éternisèrent.
     Il sut faire vibrer la fibre patriotique des Provençaux contre les comtes "étrangers", ceux de Barcelone.
    Le sommet de sa gloire fut atteint lorsque Bérenger Raymond fut tué en 1144, ne laissant pour héritier qu'un enfant de sept ans. Il pensa alors que l'affaire était réglée et qu'il allait pouvoir récupérer tout le comté de Provence. Mais le roi d'Aragon, oncle et tuteur de ce jeune comte prit sa défense.
    Raymond Ier avait le soutient de l'empereur Conrad III, qui voyait là une bonne occasion de faire valoir sa souveraineté si lointaine sur les terres de Provence. Dès le 4 août 1145, il lui avait accordé, ainsi qu'à son épouse, le privilège de battre monnaie à Arles, Aix, et à leur château de Trinquetaille avec droit de circulation dans tout le royaume de Provence. Il lui avait fait donation en fief de tous les domaine de son père Guillaume-Hugues, de tout ce qu’il avait acquis depuis la mort de ce dernier, et de toutes les possessions des parents d’Etiennette, avec pouvoir de les disputer contre toutes personne (1).
        Il ne pouvait être plus clair quand à son support pour la conquête de comté de Provence.
   Mais le roi d'Aragon s'imposa, profitant du fait que le comte de Toulouse Alphonse Jourdain était en croisade et n'apportait plus son soutient.

    Raymond Ier dut finalement s'incliner en 1150 , en se rendant à Barcelone avec sa femme et ses fils pour faire la paix avec le nouveau comte Raymond-Bérenger II ; il fit soumission, pour toutes ses terres y compris le château de Trinquetaille. Le comte lui rendit ce château en fief (2).

    Raymond des Baux étant mort avant de quitter l’Espagne, sa femme et ses fils Hugues, Guillaume, Bertrand et Gilbert durent attendre l'arrivée du nouveau comte en Provence pour se soumettre à leur tour.
    En septembre 1150, à Arles, ils déclarérent abandonner définitivement leurs droits et prétentions sur le comté de Provence, prêtèrent le serment de fidélité pour leurs châteaux de Trinquetaille, de Portaldose (bourg neuf d'Arles) et pour la ville d'Arles,  et abandonnérent de nombreux droits féodaux sur les péages terrestres ou fluviaux, sur Meyrargues, Trans, Cordolos, Ledinana, Aix, Berre, Méjanes et plusieurs autres châteaux acquis récemment. Ils renoncèrent aux foires et marchés de Trinquetaille, aux droits sur les pâturages de la Crau et sur la navigation ou la pêche sur le Rhône. Dépouillés de ces richesses, ils conservérent leurs possessions héréditaires ainsi que la dot d'Etiennette.

    Barral frémissait lorsqu'on lui racontait cette défaite, cette tragédie et ses conséquences pour sa famille.



(1) Bart. Acte 40, donné à Wurzburg.
(2) Bart. Acte 45