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IV.2.  Hugues  (1130-1170)
        La déception de Barral ne durait pas quand on lui expliquait que ce n'était qu'une première phase dans cette guerre sans merci.
      En effet, il se passa à pleine cinq ans après cette soumission, lorsque l'aîné, Hugues, son frère Bertrand Ier (grand-père de Barral), et ses deux autres frère, Guillaume et Gilbert reprirent le flambeau de la révolte.

    Hugues commença par refuser l'hommage au comte en 1155, car disait-il, il était trop jeune lorsqu'il signa ce traité et avait été abusé. Il se sentait fort de l'investiture du comté de Provence obtenue de l'empereur Frédéric Barberousse (1156). Il pouvait compter sur le soutien de son cousin le comte de Toulouse, de ses vassaux du Languedoc et sur l'aide de nombreux seigneurs provençaux parmi lesquels celle du turbulent Boniface de Castellane. Insoumis, fier, jamais vaincu, Hugues garda Trinquetaille et voulu reprendre la guerre ; le comte de Barcelone se dépécha de revenir en Provence avec une armée importante pour défendre son neveu.

    Beaucoup s'entremetirent pour éviter le désastre d'une nouvelle guerre civile. Hugues persista dans sa révolte. Trinquetaille fut assiégé pendant quelques mois, mais Raymond-Bérenger ne réussit pas à prendre le château.
     Un traité fut à nouveau signé dans l'église Saint-Trophime d'Arles. La maison des Baux rendit hommage pour Portaldose,  les châteaux de Trinquetaille, de Castillon et de Vitrolles et ses possessions d'Arles, mais pas pour le château des Baux (1). Le traité fut garanti par nombre de puissants seigneurs du voisinage : Il y avait là, dans l'église Saint-Trophime d'Arles, Pierre Lauret, Bermond d'Uzès, Raymond Raynal de Roquemaure, Guillaume et Rotaing de Sabran. Tous s'engageaient à se rendre sur l'île de Vallabrègues sur le Rhône et à payer 1.000 sous melgoriens si Etiennette et ses fils ne rendaient pas le château de Trinquetaille sur une réquisition du comte Raymond-Bérenger ou de son neveu.

    Barral  suivait attentivement ce récit, fier parfois de l'audace de ses grand-oncles, impatient de connaître la suite de cette saga familiale.

   Au milieu de ce XIIe siècle, le monde changeait : l'empereur s'opposait au pape au point de soutenir son propre candidat à la papauté et commençait à s'intéresser à cette Basse Vallée du Rhône qui faisait toujours partie du Saint-Empire romain-germanique, mais que ses prédécesseurs avaient négligée ou oubliée. Frédéric Barberousse confirma en 1160 à la famille des Baux, le privilège de battre monnaie à Arles, Aix et Trinquetaille, confirma aussi les privilèges accordés en 1145 par l'empereur Conrad III. Il leur donna en fiefs tous les biens héréditaires de leur famille ainsi que toutes les terres des parents d'Etiennette, donc le comté de Provence (3).
    De plus, Hugues des Baux, toujours proche de la Maison de Toulouse, s’engagait aux côtés de Raymond V, pour garantir les possessions de l'évêque de Carpentras, depuis la rivière l’Ouvèze, jusqu’à la Sorgue, promettant de défendre sa personne et ses biens et de lui restituer les droits de lods que les seigneurs et habitants de Monteux avaient usurpés sur son évêché. Son frère Bertrand était témoin d'une donation des châteaux de Venasque, des Baux du Ventoux, de Malemort, des domaines de Saint-Didier et de Saint-Félix au même évêque de carpentras.

    Fort de ces alliances, Barral avait compris que ses ancêtres allaient reprendre l'étendard de la révolte. Cela ne tarda point :

   Après la mort de sa mère, Hugues releva à nouveau la tête et, à nouveau, reprit les hostilités (1161). Le comte de Barcelone revint avec une armée encore plus importante, assiégea Arles, prit la ville et s'attaqua à la forteresse jamais conquise de Trinquetaille. Il fallut qu'il construise une véritable tour en bois sur une plateforme constituée de bateaux, tour capable de contenir 200 de ses soldats. Il fallut approcher la tour des murailles de Trinquetaille en manœuvrant cordes et poulies pour la navigation de cet ensemble. Cette fois, il gagna la partie, fit raser le château fort et toutes les fortifications.
   Le comte de Provence  assiégea le château des Baux et prit une trentaine d'autres fiefs baussenques.
Tous les autres châteaux des Baux furent rasés. 

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Le château des Baux, détruit sur ordre du comte de Provence.

    Vite battu, dépossédé de ses biens, il fut abandonné par l'empereur(1162) qui venait de signer un accord avec le comte de Barcelone et prévoyait le mariage de sa nièce Richilde avec le comte de Provence. Les lettres d'investiture des comtés de Provence et de Forcalquier, des villes d'Arles et d'Avignon et des autres châteaux, qui relevaient de l'Empire, furent signées à Turin le 18 aout 1162, précisant la nullité des précédentes inféodations accordées à Hugues car l'empereur ne savaient pas que ces domaines appartenaient au comte de Provence. De plus l'Empereur accordait son soutien aux éventuelles poursuites des comtes de Provence contre Hugues si celui-ci ne pliait pas, promettait de faire justice en sa cour et menaçait de faire prendre le château des Baux par ses délégués impériaux et de le donner au comte de Provence (4).
    Les Baux, perdants, remirent l'épée au fourreau et reconnurent la souveraineté du comte de Provence.
    Hugues, dépité, s'exila en Sardaigne et fonda une nouvelle branche de la famille.

    La bonne étoile s'était ternie et la famille des Baux traversait une crise majeure, l'époque la plus noire de son existence.
Il est certain que ces guerres avec les comtes de Provence ont laissé une rancune tenace des Baux envers le pouvoir comtal de Provence. Barral compris à cet occasion que les pouvoirs locaux n'étaient pas suffisants pour assurer la sécurité des fiefs familiaux et qu'il fallait compter sur l'Empire, les rois ou les papes. Leur revirement pouvait anéantir à jamais l'effort de nombreuses générations et leur support assurer sécurité et prospérité. Il compris le jeu subtil des intérêts partagés et des affrontements nécessaires. Il mesura le pouvoir temporel le l'Eglise, à travers ses papes et ses évêques.
 

1 ...2 ...3
Période de crise.


(1) Barthélémy. Acte 53. (2) D'après l'abbé Paulet  (3) Barthélémy, Acte 57 (4) Actes 62, 63.