Extrait de l'ouvrage intitulé
: Nouveau Etat de Provence etc., par M. de Maynier.
La maison de Foulco, aujourd'hui Fauque, a sa noblesse par faits d'armes,
noblesse qui a été de tous les siècles, de plus grande
gloire
; à peine prend-on garde en France à tout autre mérite
; elle s'acquiert dans la fatigue de la guerre, au risque de la vie, et en
répandant son sang pour le service de son prince et pour la défense
de sa patrie. Je trouve ce nom dans les guerres des comtes de Provence,
de la race des Béranger, princes de Barcelone, dans cette fameuse
querelle de Bertrand et Raymond de Béranger, oncle et neveu, marquis
et comte de Provence, contre la princesse Estiennette des Baux, petite-fille
de Gilbert roi d'Arles ; cette guerre partagea tous les
gentilshommes de ce pays, au XIIe siècle, pour le partage de Provence,
jusques à leur paix, dont la princesse Estiennette eut les terres
qu'on appelle encore de nos jours Terres Baussenques. Je trouve Guillen
Foulco, entre les gentilshommes qui accompagnèrent Charles Ier
D'Anjou, frère du roi Saint-Louis, comte de Provence, en son mariage
avec Béatrix, fille et héritière de Raymond Béranger,
lorsque Charles
Ier s'arma pour la conquête du royaume de Naples et de Sicile. Je
trouve Bertrand de Foulco armé, aux guerres d'Italie entre les Guelfes
et les Gibelins, pour le roi Robert, comte de Provence, contre l'empereur
Louis de Bavière, celui-ci pour les Gibelins, et les Guelfes pour le
Pape.
On trouve le nom de Foulco au royaume de Naples, dans les troubles de la
reine Jeanne contre Charles de Duras, son neveu, et, dans la suite,
aux guerres de Louis II, duc d'Anjou, roi de Naples, comte de Provence,
fils de Louis Ier, successeur de la reine Jeanne, Bertrand
Foulco, armé contre Charles de Duras, qui disputait, les armes à
la main, les états de la succession de la reine, sa tante ; on voit
le
nom de Foulco dans les guerres suivantes des règnes des comtes de
Provence et des Rois de France, après la réunion de ce même
pays à la
couronne, sous le roi Charles VIII, de Louis XII, François jusques
sous le roi Henri IV, que François de Foulco, fils de Gabriel,
remonta, par divers degrés de génération, de père
en fils, à tous ces guerriers dont j'ai parlé ci-dessus, par
des services signalés dans le
service des rois de France et des comtes de Provence jusques à Guillen
de Foulco, dans la querelle des Béranger contre Estiennette des Baux.
François de Foulco fut officier de la gendarmerie du roi Henri IV.
Il était fils de Gabriel de Foulco et d'Anne de Baux, de l'illustre
maison
des souverains princes d'Orange.
Gabriel II de Foulco, fils de François et de Marguerite de Saint-Maurice
des anciens barons de Venasque, servit longtemps dans
les armées du roi Louis XIII. Il fut marié avec Philippe de
Paparin, des seigneurs de Saint-Chaumond, fille de Claude de Paparin, seigneur
de Château Gaillard et de Susanne de Serre, il eut de son mariage
trois fils, dont Alexandre de Foulco, sieur de Jonquières, est le
seul
qui ait laissé postérité. Il servit sous Louis le Grand,
officier dans la compagnie dés gardes de son corps, il suivit le Roi
dans ses
conquêtes de Flandre en 1677 et il se signala en présence de
Sa Majesté aux siéges de Valenciennes, de Cambray, de Gand et
d'Ypres, en
1678. Il servit encore quelques années dans la maison du Roi, après
la paix de Nimègue, en 1682, et enfin il se retira en Provence après
la
réduction de Strasbourg et de Cazal ; il se maria en 1683 avec demoiselle
Thérèse de Monyer ; de ce mariage naquit Jacques-Philippe
Foulco, sieur de Jonquières, écuyer, qui a épousé,
en 1702, demoiselle Marie de Foulco, sa cousine-germaine, avec dispenses.
Il se sacrifia
volontairement au service de sa patrie, pendant tout le tems de la peste,
dont elle fut malheureusement affligée. Il y donna tous ses
soins pour empêcher que le mal n'y fit des progrès ; outre
ses soins, il y sacrifia encore son propre bien, qu'il distribua aux pauvres
dudit lieu, sans en avoir jamais demandé aucun remboursement à
la communauté. De son mariage est né messire Joseph François
Alexandre de
Foulco, aujourd'hui (en 1723) prieur de Roussillon, recommandable par sa
piété et son savoir, et sa charité inépuisable
pour les pauvres
dudit lieu, qu'il prévient dans leurs nécessités. Gaspard
Victor de Foulco, son frère, quoique jeune, a déjà fait
les premiers essais du
métier de la guerre au service de S. M. Louis XV (1724 ), dans le
régiment de Nice, actuellement en Flandre.
Foulco ou Fauque porte de gueules, à deux frênes d'or, appointés,
chargés d'un faucon de même, anciennes armes que l'on voit encore
aujourd'hui sur la grande porte de l'église paroissiale du lieu de
Roussillon, ce qui marque leur ancienneté et leur noblesse ; cette
maison
a donné des prieurs de cette église depuis plus d'un siècle
et demi, qui se sont toujours distingues par leur science, leur mérite
et leur piété.
L'on sait, et M. Maynier a eu soin d'en prévenir, qu'il rejetait
les mémoires des familles dont la noblesse n'était pas bien
prouvée, et ce
qu'il dit de celle-ci suffirait pour convaincre qu'elle est d'une très
ancienne distinction.
Indépendamment de cet ouvrage, cette famille a eu le bonheur de retrouver
beaucoup d'arrêts, transactions contrats, testaments, etc.,
qui justifient cette opinion et au moyen desquels elle prouve très
bien sa filiation sinon depuis Guillen, du moins depuis Michel, aïeul
de François, qui, d'après M. de Maynier, avait prouvé
qu'il descendait de Guillen, l'un des gentilshommes qui accompagnèrent
Charles Ier
d'Anjou en son mariage. Il n'est donc pas douteux que la maison de Foulco,
aujourd'hui Fauque de Jonquières, n'ait joui, dès ces tems
reculés, d'une grande considération. Au surplus, on ne doit
pas être étonné que beaucoup de familles aient perdu tout
ou partie de leurs
titres pendant la révolution, et c'est ce qui est arrivé à
celle-ci.
Ne connaissant pas les ascendants de Guillen Foulco, nous commencerons à
lui la génération de sa maison. Il vivait en 1230, et l'on voit,
par
l'ouvrage que nous venons de citer, qu'un siècle auparavant la famille
Foulco était connue parmi les nobles de Provence.
Guillen Foulco, fut l'un des gentilshommes qui accompagnèrent le
frère de saint Louis, lors de son mariage. Il fit partie de l'expédition
de
Naples, où son nom a été illustré et s'y maria.
Il eut pour fils :
Bertrand, qui servit longtemps dans les armées de Naples; celui-ci
eut deux fils :
Gaspard, dont l'article suit ;
Jehan, qui resta en Italie où il forma une branche qui subsistait
encore en 1701, sous le nom de comte de Faulco-Pacco.
Gaspard vint s'établir en Provence, où il se signala au service
de ses souverains; il eut pour fils :
Louis, qui avait suivi son père dans une expédition en Italie
; il se maria à Turin, et mourut en Piémont. Il eut trois enfants.
L'un d'eux :
Charles se maria à Arles. Il eut pour fils :
Claude Alexandre, qui servit longtemps avec distinction en Provence et en
Italie. Il se maria Rome; ruiné par les guerres des Guelfes et des
Gibelins, il se retira en Provence vers 1360. Il eut deux fils :
Bertrand, dont l'article suit ;
Joseph, qui fut ecclésiastique.
Bertrand, qui était resté à Naples auprès d'un
oncle maternel, commanda les armées de la reine Jeanne mais, rappelé
auprès de son
père, il vint en Provence avec sa femme, qui était napolitaine,
et il s'y fixa, Il eut de son mariage :
Paul, qui fut tué au service à l'âge de 20 ans ;
Guillaume, qui suit ;
et deux filles.
Guillaume, se maria à Digne ; de son mariage naquit :
Balthazar, qui servit dans les armées de Charles VII. Il se maria
à Forcalquier, et eut pour fils :
Flomard, qui, étant attaché à la maison de Lesdiguières,
s'établit au bourg de Roussillon, au diocèse d'Apt en Provence,
dont le duc de
Lesdiguières était baron, et ses descendants y sont restés
jusqu'à la révolution. Il se maria avec demoiselle de Perussis.
De ce mariage
naquirent :
Honoré, propriétaire du fief de la Garde, suivant acte d'hommage
au parlement de Provence, en date du 31 mai 1560, dans lequel il est
qualifié noble homme et escuyer. Il servit dans les armées
de François Ier. Il épousa mademoiselle de la Motte, et eut
pour fils, Joseph,
qui, le 20 mars 1572 , fit hommage au parlement du fief de la Motte, de
celui de Vaulplane et du quart de la terre de Soleilhas. Son père
vivait encore puisqu'il est désigné dans cet acte comme fils
d'Honoré, sieur de la Garde. Joseph n'eut point de postérité
et sa succession
fut divisée. Une partie fut consacrée à la fondation
d'un hôpital, sous le nom de Charité, qui subsiste encore à
Roussillon ;
Michel, qui suit.
Michel, hérita du quart de la terre de Soleilhas, à la mort
de Joseph, son neveu. Il épousa demoiselle Delphine Aillaud. Il eut
pour fils :
Gabriel, qui servit longtemps dans les armées de Henri III et Henri
IV. Il épousa Anne des Baux de l'illustre maison des Baux,
anciennement souveraine d'Orange ; de son mariage naquirent :
François, qui suit ;
Hierosme ;
Jean-Michel, qui fut prieur de Roussillon.
François fut, très jeune, officier de la gendarmerie de Henri
IV. Il échangea sa portion de la terre de Soleilhas, contre le fief
de
Saint-Sauveur, que son arrière petit-fils avait encore en 1729, suivant
un bail notarié du 17 septembre 1716 et une quittance
pardevant Ripert, notaire, du 14 novembre 1729. Il épousa demoiselle
Marguerite de Saint-Maurice, des anciens seigneurs de Venasque,
suivant acte du 21 octobre 1611, reçu par Bonhomé, notaire
à Vénasque. Les précédents sont toujours qualifiés
sire, ou messire, ou noble,
dans les actes qui nous ont été représentés,
et quelquefois écuyer.François est qualifié écuyer,
ainsi que tous ses descendants, dans
tous les actes où ils sont nommés. Il eut pour fils :
Gabriel, co-seigneur de Vénasque et de Saint Didier. Il servit longtemps
dans les armées de Louis XIII. Il se maria, suivant acte du
19 juin 1638, avec demoiselle de Paparin de Chaumont et de Château
Gaillard. Le frère de cette demoiselle était alors évêque
de Gap.
Gabriel est le premier qui ait ajouré à son nom celui de Jonquières,
d'un arrière-fief qu'il possédait. Dans un acte du 9 septembre
1686,
reçu par Gaultier, notaire à Mazan, il est qualifié
noble Gabriel de Fauque, écuyer, sieur de Jonquières. Il eut
trois enfants :
Claude-Joseph, qui eut un fils et une fille. Le fils fut prieur de Roussillon,
et la fille fut mariée à Jacques-Philippe, son cousin-germain
;
Alexandre, dont l'article suit ;
François, nommé l'abbé du Contrat, qui fut prieur de
Roussillon.
Alexandre servit longtemps et avec beaucoup de distinction dans les gardes
du corps de Louis XIV, ainsi qu'il est dit dans l'ouvrage de M.
de Maynier. Il épousa demoiselle de Monier, suivant acte du 9 novembre
1683, reçu par Monier, notaire à Viens. Il en eut un fils dont
l'article suit, et trois filles.
Jacques Philippe, épousa, en 1702, demoiselle de Fauque, sa cousine
germaine, dont il eut trois garçons et deux filles. Son contrat de
mariage est du 23 février 1711, devant Ripert, notaire à Roussillon.
C'est lui qui sacrifia une grande partie de sa fortune pour le
soulagement des pestiférés, ainsi que le dit M. de Maynier.
Il vendit, par suite de ses libéralités, le fief de Saint Sauveur
et la
co-seigneurie de Vénasque et de Saint Didier, qu'il tenait de ses
aïeux par succession. L'aîné de ses fils fut :
Gaspard Victor, qui servit pendant plusieurs années dans le régiment
de Nice. Il se maria en premières noces, en 1740, avec demoiselle
d'Etienne de Peyssonnel de la ville d'Aix. Sa femme étant morte sans
enfants la même année, il épousa, en secondes noces, en
1741,
mademoiselle d'Eyroux de Pontevès. De ce mariage naquirent plusieurs
enfants. Entre autres :
Gabriel Victor, servit longtemps dans le régiment de Soissonnais.
Il fit plusieurs campagnes en Flandre, et toutes les guerres de Corse,
jusqu'à la soumission entière de cette île à
la France. Il mourut des suites des fatigues de la guerre ;
Jacques Philippe, dont l'article suit ;
Jacques Philippe, second des garçons, aujourd'hui chef de cette maison,
né en 1748, épousa, suivant acte du 9 novembre 1778, reçu
par
Gollier, notaire à Avignon, demoiselle de Charlet, d'Avignon, fille
de messire Joseph Hyacinthe de Charlet de Beauregard, auditeur de Rote.
De ce mariage sont nés beaucoup d'enfants, dont plusieurs sont morts.Les
survivants sont cinq garçons et une fille, savoir :
Louis Victor, marié, le 17 octobre 1815, à demoiselle Hortense
Bruslé, fille de messire Antoine Bruslé, capitaine de cavalerie,
chevalier de
Saint-Louis et commandant du quartier de la Grande Rivière à
l'île Saint-Domingue, avant la révolution. De son mariage est
issu Philippe
Auguste Victor, né le premier décembre 1816 ;
Joseph-Amable ;
Elzeard-Vincent-de-Paule ;
Frédéric-Auguste ;
Jean-Baptiste Eugène ;
Louise-Françoise-Eulalie-Philippine.
Les armes de cette famille, telles qu'elles sont indiquées dans l'article
de M. de Maynier, relaté ci-dessus, étaient apposées
sur le
frontispice de l'église paroissiale du bourg de Roussillon, depuis
l'an 1593, et dans une chapelle de la même église, ainsi qu'il
en
conste par trois attestations authentiques qui nous ont été
exhibées.
Vers l'an 1760, la façade de cette église ayant été
reconstruite, quelques-uns des habitants disputèrent à la maison
de Fauque le droit
qu'elle revendiquait d'y faire placer ses armes. Le comte du Luc, alors
seigneur de Roussillon, s'étant fait justifier de l'existence de
ce droit, ordonna qu'il serait maintenu, et obligea les habitants à
faire rétablir la pierre sur laquelle étaient gravées
les armes sur la
façade de l'église.
La maison Fauque de Jonquières avait fondé dans le même
bourg et doté un hôpital assez richement pour que l'on en doive
présumer qu'elle
était opulente autrefois, et qu'elle faisait de sa fortune un usage
qui avait dû l'environner de la considération publique. Elle
jouissait
de différents privilèges qui avaient excité contre
elle la jalousie de divers habitants du même lieu, et notamment du
juge qui voulut
contester à Jacques-Philippe, chef actuel de cette famille, ses prérogatives
et sa noblesse.
Le juge fut condamné par deux arrêts du parlement d'Aix, des
4 mars 1779 et 10 janvier 1784. Ce dernier, qui doit être regardé
comme un
arrêt de maintenue de noblesse, nous a été représenté.